Paris Brest Paris 2015
 
Organisée par l'Audax Club Parisien, la 18ème edition de cette aventure sportive et humaine se déroulera du 16 au 20 août 2015.
Départ et arrivée se feront au vélodrome flambant neuf de Saint Quentin en Yvelines.

Notre club organise cette saison deux brevets qualificatifs, 200 Km le 28 mars  et  300 Km le 18 avril.
La liste complète des brevets nationaux sur le site de
Jean Philippe Battu.

 
 
 

Paris Brest Paris randonneur 2011

Sites recommandés:

Audax Club Parisien (organisateur officiel)
Saint Quentin en Yvelines

RCA: Le site des Randonneurs Cyclos de l'Anjou,un must, on y navigue en musique avec JC Chabirand
Cyclotourisme virtuel: tout savoir sur les BRM par Jean Philippe Battu

Les Parrains:
Que du lourd!
Bernard Hinault, Olivier de Kersauzon, Bernard Thévenet


 

 

L'Audax Club de Paris vient de diffuser la plaquette de présentation de l'édition 2011.

 

Principales nouveautés:

  • Horaires de départ:

Dimanche 21 août: 17h00 pour les 80 heures et à partir de 18h30 pour les 90 heures

Lundi 22 août: 05h00 pour les 84 heures

  • Préinscriptions dès le 03 avril pour ceux ayant réalisé un BRM en 2010.
  • Inscriptions à partir du 4 juin et jusqu'au 17 juillet via Internet uniquement.

 

 
Les Hauts Alpins dans Paris Brest Paris 2007
 
Saint Quentin en Yvelines, lundi 20 août, 20 heures, sous un ciel encombré de nuages noirs, un coup de canon libère la première vague des 5157 randonneurs cyclistes qui s’apprêtent à déferler vers Brest. Pour la majorité d’entre eux l’ambition est d’en revenir après avoir parcouru 1230 Km agrémentés de 10 000 mètres de dénivelée dans le délai accordé de 90 heures, arrêts compris.
Les Hauts Alpins étaient au nombre de 12, 10 du Club Cyclo de Gap dont 1 féminine, 1 du Cyclo Club Laragnais et 1 du Cyclo Cimes de Briançon. Ils avaient, au préalable satisfait aux brevets de 200, 300, 400 et 600 km organisés par le club de Gap.
« Ici on ne part pas la fleur au fusil » confiait un ancien, Roger Baumann, lauréat de 10 brevets consécutifs, sur la ligne de départ.
Pluie, vent contraire, humidité constante, rendirent l’édition 2007 particulièrement éprouvante. Elle restera sans conteste l’une des plus difficiles de l’histoire, les 1459 abandons enregistrés soit un taux de 27,7%, le double de la moyenne habituelle, en témoignent.
Les plus rapides, qui finirent ensemble à 10, réalisèrent le parcours en 44h40.
En 54h, Christiane Thibault, de Saint Méen le Grand, la patrie de Louison Bobet, termine 1ère féminine.
Les hauts alpins connurent des fortunes diverses avec 9 réussites et 3 abandons.
Quelques unes de leurs impressions.
Thierry Le Ligné de Briançon, 59 heures pour sa première participation, retient surtout l’ambiance générale, les rencontres, et l’accueil chaleureux des bretons offrant boissons, café, gâteaux et même l’hébergement.
« Le temps humide ne présente pas que des inconvénients, on souffre moins d’échauffement au niveau des pieds et du fessier » déclare Jean Jacques Tréguer (73 heures) qui pour la 4ème fois retrouvait ses terres natales du Finistère ce qui pour lui constitue une véritable source de motivation.
L’expérimenté Robert Isoard de Gap (75 heures) se remémore ses crevaisons, quatre, dont la dernière en pleine nuit et sous la pluie à quelques kilomètres de l’arrivée. Réparer dans ces conditions, les doigts engourdis, ne fut pas une mince affaire. « J’ai beaucoup regretté de n’avoir pas monté un pneu neuf à l’avant avant le départ» reconnaissait il.
Les autres lauréats, Marc Séguy le laragnais, et les gapençais Albert Marchetto, Jean Terrisse, Pierre Gros, Robert Marcel et notre féminine Carole Véra alternèrent, comme c’est souvent le cas dans ce genre d’épreuve, périodes de galères et moments d’euphorie.
Jo Barbutti, collision avec une voiture à 20 Km de l’arrivée, Paul Gardie, genou défaillant après 780 Km et Yves Chappel furent, de leur côté, contraints à l’abandon.
Fatigue et bobos effacés restent pour tous la satisfaction d’avoir participé à une aventure à nulle autre pareille.
Cette épreuve d’un autre siècle, créée en 1891 pour promouvoir le vélocipède, se déroule tous les 4 ans en empruntant les petites routes d’Ile de France, de Normandie et de Bretagne
Une folle transhumance qui attire des cyclistes issus des cinq continents. La composition du peloton révèle ainsi plus de 50% de participants étrangers représentant 42 nations- le plus gros peloton étant celui des USA avec 606 inscrits devant l’Allemagne (387) et l’Italie (368).
Venus de loin, 112 Japonais que suivait une équipe de télévision, 125 australiens et, plus inattendue, la présence de ressortissants du Samoa occidental, de Porto Rico, d’Inde, des Philippines.
Si la mondialisation progresse, la parité est, par contre, loin d’être atteinte, avec seulement 6,60% de féminines (268)
 
Jean Jacques TREGUER
 
 
 
 
 
Hier et aujourd’hui
 
« Poursuivant la thèse que je n’ai cessé de soutenir ici, à savoir qu’il faut surtout considérer dans le vélocipède, un moyen de locomotion populaire, utile, hygiénique, instructif et séduisant, j’ai rêvé d’une épreuve plus concluante, plus française pour tout dire, d’une épreuve où la vitesse absolue ne serait pas tout, mais seulement quelque chose, où l’intelligence, la sagesse, la prudence, l’adresse compteraient aussi.
J’ai rêvé d’une véritable course utilitaire, courue par des hommes qui monteraient la même machine d’un bout à l’autre du parcours, qui n’en changeraient en route, qui ne chercheraient pas à dévorer la distance sans prendre une heure de sommeil, qui dormiraient aux moments voulus par leur tempérament, qui feraient en un mot du vélocipède routier, avec paquetage et lanternes »
Ainsi s’exprimait Pierre Giffard créateur de PBP dans le Petit Journal du 11 juin 1891
A l’époque il s’agissait de rendre populaire l’usage de ce qu’on n’appelait pas encore le vélo.
Si nous n’en sommes plus là, les témoignages des hauts alpins qui y ont participé à l’édition 2007 montrent que c’est cet état d’esprit qui, pour l’essentiel, prévaut encore.
Paris Brest Paris ce n’est pas seulement des kilomètres que l’on dévore avec plus ou moins d’appétit selon les moments, seul ou à plusieurs, c’est au-delà des péripéties une rencontre avec soi même.
La chaleur de l’accueil des régions traversées, en particulier la Bretagne, demeure une constante.
Toujours en 1891, Pierre Giffard, après avoir lui même été fort bien reçu lors de la reconnaissance du parcours, conseillait aux futurs participants : « Maintenant si le Véloce Club Brestois leur offre des punchs comme celui d’hier soir, leur affaire est claire, ils ne reviendront jamais à Paris. »
En 2007 ce n’est pas la mauvaise assimilation des cocktails à base de boissons énergétiques qui a provoqué le très grand nombre d’abandons constaté -30%- mais une météo particulièrement éprouvante.
En 1975, la météo avait également contrarié les 3 gapençais lancés dans l’aventure, le Dauphiné Libéré leur avait consacré un article.
Parmi eux Robert Marcel dit Robby qui 32 ans plus tard a remis le couvert, comme quoi quand on aime on ne compte plus !
Jean Jacques
 
 
 
 
 
Le récit de Jean
Le jour du départ est arrivé, nous formons une équipe de quatre coureurs sur des machines deux roues classiques, nous sommes le lundi 20 août, il est 23h15 à St Quentin en Yvelines, le ruban tombe, le départ est donné. Après une attente de deux heures, une averse prémonitoire tombe sur la piste du stade « Les droits de l’homme », et les discours d’encouragement des organisateurs fusent. 
Nous roulons à travers l’agglomération en suivant les motos de l’organisation, je suis serein en me disant  « rien, ne nous arrêtera, nous allons réussir ».
Nous nous organisons pour prendre les relais, bientôt d’autres coureurs participent, les kilomètres défilent et le fléchage du parcours semble au point. Nous voilà rassurés, nous en ferons le constat jusqu’au dernier kilomètre. Encore bravo à toutes les personnes qui ont contribué à ce marquage.
Notre progression nocturne est bientôt perturbée par une pluie soutenue, nous sommes trempés et traversés par l’eau, nous sommes proches de Mortagne-au-Perche, où nous trouvons un abri et de la nourriture. Quelques participants semblent déjà bien éprouvés par ces conditions difficiles.
 
Nous sommes dans le sas du point de ravitaillement près à partir. La pluie a redoublé d’intensité, je grelotte et pourtant il faut enfourcher nos bicyclettes. Nous roulons, les muscles sont froids, nous souffrons. Il me vient l’idée d’abandonner. A demi-mots, sous le ton de la plaisanterie, j’exprime mes pensées à mes compagnons de route, je suis vite remis en place par mes amis très courageux, j’ai un peu honte de ma faiblesse, je n’en parle plus. Le temps a fini par s’arranger, je me remets vite au travail et j’ouvre le chemin dans l’obscurité.
Le jour est levé, une file de maillots dessinent un long cortège serpentant le long des bosses jusqu’à l’horizon au gré des vallons, nos vêtements sèchent, la route s’élève. Nous approchons d’un bruit sourd provenant d’une machine hors du commun. Il s’agit d’une caisse de forme cylindrique montée sur roues. Je n’avais encore jamais imaginé qu’ils puissent faire le parcours sur ce véhicule. Nous entamons notre entrée sur Villaines-la-Juhel, les arcades d’accueil au Paris Brest Paris sont dressées en notre honneur, nous stationnons nos bicyclettes aux emplacements prévus, puis nous effectuons notre premier pointage et dégustons une collation.
Nous nous confondons parmi les cyclistes, beaucoup de participants étrangers. « Tiens, ici on parle français ». Nous échangeons ainsi quelques phrases courtes. Cela nous change les idées, pendant que nos roues tournent à un rythme bien réglé et très régulier.
Une halte dans une boulangerie est la bienvenue. Nous échangeons quelques mots courtois avec les commerçants. Ils nous proposent de consommer nos aliments au chaud. Ces gens nous réconfortent et semblent avoir conscience de notre périple.
Nous puisons dans nos sacoches de quoi charger nos poches de quelques barres énergétiques, puis nous nous élançons.
Ensuite, nous sommes contrôlés à Fougères et Tinténiac, où une personne du pays affirme avoir profité d’un ou deux week-ends de soleil, tout au plus, durant l’été. De mémoire d’anciens, le temps n’avait jamais été aussi mauvais depuis soixante ans.
Le mardi soir, nous décidons de nous détendre au pied d’une église, le froid des pavés nous remonte dans les reins, il faut repartir. A la sortie du village, une famille nous donne des boissons chaudes, des gâteaux, beaucoup de gentillesse, de mots de réconfort. Vraiment merci à ces gens du bord des routes d’être aussi humbles et bénévoles dans l’accompagnement de ces cyclistes un peu originales du PBP, qui véhiculent un rêve tout le long du parcours.
Après Loudéac, nous rejoignons notre voiture d’assistance, nous plantons la tente en bordure de ville. La pluie ne cesse de battre contre la toile, nous avons dormi deux heures trente. C’est trop peu !
Le rythme donné a une cadence qui m’ennuie, je deviens instable, j’appuie sur les pédales, je passe au devant du peloton. Je l’étire, je le casse, je me calme, j’attends mes amis, j’ai droit à la leçon de morale dès la première jonction venue. Luc veut en garder sous la pédale. Bien sûr je n’écoute pas et ce scénario se répétera jusqu’à Paris.
Un bon casse-croûte dans un bistro de Carhaix-Plouguer est nécessaire pour gravir les monts d’Arrée, paysage graniteux et désertique dans les pentes près du sommet, nous basculons dans la descente vers Brest. Nous sommes heureux d’être à mi-parcours sous le soleil, ses rayons venant nous redonner des forces. Nous nous sommes dévêtus.
A la vue sur l’océan. Jean-Yves, qui avait servi sous les drapeaux de la marine vingt-cinq années plus tôt, s’enthousiasme. Nous traversons ainsi le pont de Brest.
Nous stationnons au bout d’une côte, et nous profitons de l’accueil chaleureux des riverains. Ces personnes ont une grande culture du vélo et ils aiment en parler avec nous. Denis a accepté encore une bière ce n’est pas la première de la journée!
Nous filons dans la descente en direction de Carhaix, la pluie est de la partie. Nous rentrons dans un restaurant. Denis semble toujours d’attaque après avoir repris une bière. Nous allons digérer sur le vélo et sous l’eau. Encore une fois, nous sommes trempés. J’ai une overdose de pluie et de selle, vivement Loudéac! J’ai droit à la douche commune et à un sommeil de deux heures trente en binôme avec Luc.Aux environs de Tinténiac, nous rencontrons un collègue de l’Oise. Sa femme abandonne, elle est victime d’une tendinite. Nicolas emmène désormais seul le vélo tandem, il veut rentrer le plus vite possible dans les Yvelines. Je l’accompagne quelques kilomètres et je réintègre mon groupe au contrôle suivant.
A Villaines-la-Juhel, la fête bat son plein, les journalistes se régalent, la journée semble riche en événements. Nous nous ravitaillons, équipons en éclairages nos vélos. Nous affrontons une nouvelle nuit, sous une pluie fine. Le marquage au sol n’est pas toujours présent sur les routes, ce qui nous oblige à freiner dans les descentes. Nous avons misé sur une prudence maximum. Nous n’avons pas d’objectif en termes de temps, notre seule ambition étant de boucler la boucle.
A Mortagne nous participons au barbecue et commandons du boudin du terroir. Une rumeur circule : une personne est victime d’un malaise à l’arrière. Les organisateurs ne cautionnent pas cette information.
Epuisés et mouillés, nous profiterons de l’hospitalité d’un bar restaurant, qui nous offre un matelas au fond de salle et un réveil à la commande. Quelqu’un me secoue, la demi-heure prévue est déjà dépassée.
Nous grelottons sur nos vélos, les muscles sont raides, la pause était trop courte. Jean Yves a un coup de fatigue. Nous nous installons sur un trottoir. Je ramène des sacs de farine d’une boulangerie en guise de couchettes. Ils ne serviront pas à Jean Yves pour l’isoler du sol car celui-ci dort à poings fermés.
Denis dort assis à l’abri d’une porte de commerce et Luc a un sac de farine sur la tête. Un flash vient rompre l’obscurité, un hollandais vient de nous prendre en photo.
Une fois partis, nous rattrapons un groupe de vélos. Carole et Pierre de Gap sont à l’avant. Je salue Carole au passage et nous voilà rentrés à Dreux. Un passage par l’infirmerie, et nous sommes dans la dernière étape à la tête d’un groupe. En forêt à une vingtaine de kilomètres de St Quentin, un riverain nous accompagne, il semble excité et veut tester nos dernières forces dans les côtes.
Les feux sont tous au rouge. Les redémarrages me sont douloureux au niveau des genoux, cette arrivée me semble interminable. Nous faisons un tour supplémentaire du rond point, sous les applaudissements nous pénétrons dans le stade. Je suis ému, j’ai envie de pleurer, ma famille m’attend à Beauvais dans l’Oise.
Notre boucle est bouclée en 85h 41, nous avons pédalé pendant 53 heures, 5h30 de sommeil et 27 heures nous ont été nécessaires pour les contrôles et les ravitaillements.
En conclusion, je pense que nous pouvons diminuer les temps d’arrêt lors d’un prochain PBP.
Le plus beau est d’être parti et revenu à quatre sans avoir rencontré de problème majeur.
Merci, aux trois copains, à toi Jean-Yves pour ton expérience du vélo et ta bonne humeur, à toi Luc pour ta rigueur dans l’organisation de ce projet et ta régularité, à toi Denis pour ton courage et tes petites remarques pertinentes au sujet de notre progression.
Merci à Alain notre accompagnateur.
A bientôt pour d’autres aventures                                                                                         Jean
 
 
 
 
Le récit de Robert
 
P.B.P. est la randonnée que tout cyclo désire inscrire à son palmarès pour peu que l’effort long (1230 Kms) ne le rebute pas. La raison du pourquoi reste à définir. Une longue galère diront certain mais on les retrouve tous les quatre ans au départ !...
J’en suis à ma quatrième participation, la plus arrosée sans aucun doute. Certains n’ont pas supporté ces conditions atmosphériques : 30% d’abandons (15 à 18% habituellement).
Pour ma part, j’ai mieux supporté la pluie et la fraîcheur que les grandes chaleurs de 2003.
A l’inscription, j’ai choisi un délai de 84h. Je suis donc parti le mardi 21/08 à 5h. Sagement.
Je n’ai pas fait 100 Kms que je crève à l’avant. Je change la chambre en prenant soin d’inspecter le pneu sans rien trouver. 20 km plus loin de nouveau la roue avant à plat. Je change chambre et pneu, sur les conseils de Bébert j’avais pris un pneu en dépannage.
A Mortagne, avant même mon café crème, je rachète deux chambres et un pneu.
Perturbé par ces deux crevaisons, je me laisse surprendre dans un virage, ma roue avant mord sur le bas côté, dérape dans la boue et me voilà à terre. Je me relève sans une égratignure mais encore un peu plus affecté par ces incidents à répétitions. J’ai du mal à trouver le bon rythme d’autant que le crachin qui nous accompagne depuis le départ se transforme en pluie et me force à enfiler le « gore-tex ».
A15h à Villaines-la-Juhel le gros des effectifs est déjà passé et je n’attends pas au self pour me servir un plat de pâtes et une cuisse de poulet. Je repars plus confiant et retrouve de bonnes sensations, les jambes tournent bien. Je me sens enfin dans le sujet .Je me contente d’un bol de soupe et d’un sandwich à Fougères ou je pointe à 20 h. Je roule souvent seul soit les groupes vont trop vite soit trop doucement. La nuit je préfère être seul ; les feux rouges que l’on a tendance à fixer me troublent la vue. Je ne m’arrête à Tintèniac et à Loudèac que le temps de pointer et boire un grand café. Le jour se lève à l’approche de Carhaix. Il est l’heure de déjeuner ce sera des pâtes à la bolognaise et un grand café. Pour faire mentir le cliché d’un Finistère toujours sous la pluie un pâle soleil fait son apparition et m’accompagne jusqu'à Brest. De nombreux cyclos en profitent pour faire des photos sur le pont A. Louppe. Je pointe à 14h et sans attendre me dirige vers le dortoir. Une douce pénombre règne dans cette salle de gym ou seulement une dizaine de lits sont occupés. Je m’endors très vite. Trois heures d’un profond sommeil et je me réveille en pleine forme pour repartir dans l’autre sens. Il y a foule sur la place de Sizun, américains et japonais se font prendre en photos près du « pardon ». Je ne sais pas si ils vont à Brest ou en reviennent mais j’en croise encore en montant vers le Roc Trévezel. Me voici de retour à Carhaix vers 21h alors que la nuit s’annonce. Alors que je m’apprête à repartir après m’être restauré je croise J.Philippe BATTU qui me demande de venir encourager Isabelle. Je l’accompagne jusque sous un auvent où il s’est installé en compagnie de ses parents qui, en voisins, sont venu les réconforter. Je trouve Isabelle en grande forme. Après quelques banalités sur le mauvais temps il est temps de partir. Fini le beau temps du Finistére, une fine pluie qui scintille dans le faisceau des phares m’accompagne une grande partie de la nuit. Je ne m’arrête à Loudeac à 1h30 que le temps nécessaire au pointage.
Au contrôle « dit secret » d’Illifaut j’éprouve le besoin d’un peu de repos. Un carton qui traîne dans la salle me sert de lit pour une bonne heure d’un sommeil sans rêve. Vers 8h30 je passe à Tinteniac et ne m’accorde un arrêt que le temps de pointer. Je me sens en grande forme et à 11h15 je suis à Fougères.
Il y a foule au self mais je ne peux pas faire l’impasse, il faut que je mange. L’attente me semble interminable. Je suis enfin servi, plateau en main chargé d’un plat chaud et de deux desserts (gourmandise oblige), j’entame un parcours du combattant pour trouver une place.
J’en trouve une, entre deux cyclos qui ont repoussé leur assiette et dorment la tête sur les avant bras. Je repars avant qu’ils ne se soient réveillés. J’arrive à Villaines vers 16h, la fête bat son plein. En plus d’un fond musical, un animateur, micro en main, commente les arrivées et les départs au milieu des spectateurs qui ont envahi le point de contrôle. Je ne m’attarde que le temps d’un regard à la grande flèche annonçant Paris à 225Kms. J’avance vite jusqu’à Mamers, la route ne présente pas un relief important, à partir de là il faut jouer du dérailleur pour atteindre Mortagne, où j’arrive vers 21h. Le temps d’avaler deux ou trois tartines dans un grand bol de café, d’enfiler le baudrier de vérifier l’éclairage et je suis prêt pour entamer la troisième nuit.
Cette année, le dernier point de contrôle avant Guyancourt, est Dreux au lieu de Nogent-le-Roi. Je ne connais pas cette partie d’itinéraire et à Brezolles je tourne plusieurs fois dans la ville avant de repérer le fléchage pour Dreux. Il me semble avoir fait de nombreux détours bizarres dans la banlieue de Dreux avant de trouver le contrôle. A 2h du matin à part les contrôleurs, je ne croise que quatre cyclos (dont un diagonaliste) qui m’invitent à repartir avec eux. Nous reprenons la route ensemble, l’allure est soutenue, je me vois déjà à l’arrivée !...

Dans une descente, en dernière position, je sens un flottement dans la direction, je ralentis et constate que ma roue avant se dégonfle doucement. Le groupe est déjà loin quand je m’arrête.

D’un état euphorique il y a quelques minutes me voilà abattu !...
Changer un pneu et une chambre en temps ordinaire prend 10 minutes là, avec des mains engourdies par trois jours de vélo, sans force dans les doigts, je mets plus d’une heure sans voir passer personne. J’en suis à ranger mon sac de guidon quand une moto d’assistance s’arrête, je le remercie, pestant mentalement qu’il ne soit pas passé avant
Le cœur n’y est plus et c’est en roue libre que je rejoins Guyancourt avant que 8h ne sonne.
Leçon à retenir, ne pas négliger la préparation du vélo, sous prétexte de n’avoir pas connu d’ennui mécanique dans les précédentes éditions.
Robert ISOARD
 
 
 
Le récit de Bébert
 
Saint Quentin en Yvelines, lundi 20 août 2007
Avec mon ami Marc nous avons choisi le départ à 21h30 avec le délai maximum de 90h.
Après les derniers préparatifs, repérage du parking pour la voiture, plaque de cadre etc. et chercher la réponse à l’éternelle question : quel vêtement mettre pour la nuit ? Nous passons un après midi relax dans les environs du gymnase des Droits de l’Homme.
Le temps est menaçant mais le soleil fait de belles apparitions laissant espérer un départ sans pluie.
20h30, je reste figé à l’entrée du stade ! Comment retrouver Marc, à qui j’avais donné rendez vous, dans cette foule sous laquelle disparaît la piste sablée. Autant chercher une aiguille dans une meule de foin.
Tout à coup j’entends qu’on m’appelle, c’est Marc qui m’a aperçu.
Lentement, très lentement, on s’avance vers le point de contrôle.
Tous les quarts d’heure environ un coup de canon donne le départ d’un groupe de cyclos.
Les discussions vont bon train, Marc me signale que Cathy et Edith nous attendent à la sortie du stade pour la photo.
A 22h nous ne sommes pas encore passés au contrôle de l’éclairage.
Soudain, ce qui devait arriver arrive, la pluie se met à tomber. Il faut changer de tenue, remplacer la veste pour l’imper, remettre le baudrier par-dessus, protéger les sacoches alors que l’eau se met à ruisseler le long des jambes.
22h15, enfin voici le coup de canon qui nous libère, au passage nous souhaitons une bonne nuit aux épouses de Marc et Jean Jacques que la pluie battante n’avait pas découragées.
Si vers Elancourt la pluie cesse, une deuxième douche nous accompagne plus tard jusqu’à Mortagne au Perche.
Le bon ravitaillement pris sur place nous requinque. Au moment de repartir nous retrouvons Walter, le Transalpin, faisant réparer sa chaîne cassée.
Il accepte notre proposition de faire route ensemble.
Seul un orage vers 14h perturbera la journée.
Les contrôles se succèdent et nous atteignons le 4ème, Loudéac, mercredi 22 août à 1h du matin.
Un bon café et un peu de repos sont les bienvenus.
La salle réservée pour les petits déjeuners ressemble plus à un dortoir, difficile d’y trouver un coin de table pour boire son petit noir.
Nous dormons une heure et repartons pour les 170km qui nous séparent de Brest.
Il est 13h quand nous y sommes, après avoir admiré, sous un soleil radieux, sa rade et le magnifique pont.
Au contrôle nous croisons Robert. Devant un café nous dressons un petit bilan de la situation.
Prenant en compte la fatigue et le manque de sommeil de plus en plus sensibles, nous décidons de dormir à Carhaix que nous atteignons à 18h30.
Le souper et la douche seront rapides, le temps de sommeil étant limité afin d’arriver à Loudéac avant 5h30, terme du délai.
Jeudi 23 août 1h30, le réveil est difficile, après le petit déjeuner le départ se fait sous la pluie.
C’est démoralisant, même la chaîne et le dérailleur ont des sautes d’humeur.
Au contrôle de Loudéc je passe par la guitoune du mécano pour huiler l’ensemble.
Un petit crachin nous accompagne jusqu’à Tinténiac suivi ensuite du retour du soleil.
Sur Fougères le ciel s’assombrit, l’orage gronde et la traversée de la ville s’effectue sous une pluie battante qui, fort heureusement, ne durera pas.
Dans la cohue nous perdons Walter et repartons sans lui.
Soudain je ressens des douleurs aux cervicales et dans le bas du dos. Je n’arrive plus à trouver une position satisfaisante sur le vélo.
Un peu de pommade et on continue.
Enfin voici Villaines la Juhel où nous retrouvons Walter.
Opérations de contrôle, souper au cours duquel nous faisons la connaissance d’un jeune de la localité qui vient de boucler son PBP en moins de 49h (décourageant !)
Il est 21h, il faut y aller, horreur il pleut.
La galère sur les 40 km qui suivent, effectués sur une route mouillée dépourvue de bandes blanches.
L’éclairage du Transalpin a rendu l’âme, après un arrêt sous un lampadaire de village l’incident est réglé.
Nous progressons lentement vers Mortagne.
Le sommeil me prend, je n’arrive plus à suivre une trajectoire, il faut que je m’arrête.
Walter me conseille de chanter pour rester éveillé, je lui fais comprendre qu’il a déjà assez plu comme çà !
Après une petite pause de 5 minutes l’envie de dormir disparaît peu à peu.
Vendredi 24 août 3h30, nous parvenons à Mortagne au Perche.
Petit ravito et 1h de sommeil sur un coin de table.
Provoqué par le vacarme d’un cyclo chutant avec son plateau repas, le réveil est brutal.
Au moment de repartir nous rencontrons Roby dans la queue du self.
Heureux de nous retrouver, il décide de nous accompagner vers Dreux.
Après quelques kilomètres, mes douleurs au bas du dos ne me permettent plus de tenir la cadence. Je dois me redresser régulièrement, l’intensité de la douleur nécessite des arrêts.
J’invite Marc à ne pas m’attendre et de filer, de mon côté je rentrerai tranquillement à mon rythme.
Walter veut rester avec moi, finalement, pas plus frais les uns que les autres, nous roulons ensemble jusqu’à Dreux, Marc poursuivra ensuite sa route tout seul.
Après Dreux la route me semble interminable, j’ai l’impression de tourner en rond.
Elancourt, Trappes, le but est bientôt atteint, les douleurs s’estompent.
14h30, j’arrive au gymnase des Droits de l’Homme, heureux d’en avoir terminé dans les délais.
Conclusion
Après deux départs à 5h, un départ à 21h30, par beau temps, me semblait être, à priori, un bon choix.
Les conditions météo ne m’ont pas permis de le vérifier.
L’édition 2007 est la plus éprouvante que j’ai faite.
Albert Marchetto
 
 
 
 
 
 
Le récit de Thierry
 
 « Dépasser les limites n'est pas un moindre défaut que de rester en deçà »
Confucius
Que reste-t-il aujourd'hui 5 novembre de cette parenthèse de quelques jours?
Une chronologie d'abord, avec pour origine, le jour où je décide de me lancer dans la préparation de cette aventure cycliste, à priori déraisonnable, mais si séduisante.
Motivations personnelles, intimes, familiales, ou parce que « cette montagne existe pour être gravie » tout simplement.
Dès ce moment, tout converge vers ce but. Sorties hivernales, dès novembre, en solitaire, de plus en plus longues, parfois une le matin et une autre l'après midi...réconfort à la maison entre les deux! Il faut s'endurcir m'a dit un vieux cyclo breton de Lamballe, alors j'applique la méthode des anciens, comme un cadet scrupuleux.
Les premiers brevets arrivent comme un soulagement: où en sommes nous?
Le 200, sur un magnifique circuit sélectif, à un rythme endiablé, calé derrière le tandem, ultra rapide sur le plat et dans les descentes mais qui « explosera » dès le premier col, la fin avec Laurent, un habitué de l'ultra endurance qui n'a pas d'autre but que de battre le record de l'épreuve... les vieux démons de la course et du classement: un peu idiot et décalé ici!
Le 300 débute avec un problème technique de lampe avant...et oui! c'est une autre activité que je découvre là...Départ isolé sous la pluie et la fraîcheur, sans feu arrière...et oui on vérifie l'état des piles avant de partir...Magnifique circuit autour du Ventoux, bouclé seul ou presque. Je ne me ferai pas prendre deux fois. Il faut changer cette selle et ce roulement de roue avant qui grince lamentablement après les averses...
Voici le 400! En nocturne et en groupe cette fois. Quelle ambiance! Une vraie révélation: les éclairages, les tenues réfléchissantes, les descentes à tombeau ouvert, sans y voir grand chose, concentré sur le feu rouge de celui qui vous précède...les senteurs de la nuit, les villages endormis, les chiens qui aboient dans le lointain, les noctambules qui nous encouragent, l'odeur du pain chaud au petit matin dans les villages encore endormis,...Souvenir amusé de cette hôtelière de Draguignan qui nous voit débarquer en tenues fluo, et qui a cru que nous arrivions pour manger...à minuit passé. Nous voulions simplement faire tamponner nos cartes de route...ouf! Les derniers clients ne voulaient plus nous lâcher, éberlués, curieux de tout savoir de nos projets, et nous de leur répondre, un peu fiers de tant d'intérêt. Jo saura y mettre bon ordre pour ne pas traîner davantage! C'est avec lui que je bouclerai ce brevet, si particulier, tôt le matin: heureux et chaleureusement accueillis (comme d'habitude) par les cyclos du club de Gap!
Enfin le 600! Avec l'inquiétude bien légitime pour qui n'a jamais roulé aussi longtemps: c'est bien mon cas. Départ à trois, Jo et Michel, et un quatrième invité: le vent. Contraire pendant près de 200kms. C'est à nouveau avec Jo que je boucle cette « tournée des grands ducs » en 24heures. Il m'en reste des souvenirs forts: un soutien moral mutuel indéfectible, deux chutes pour Jo et un problème mécanique après Digne: deux pignons opérationnels pour le retour: je dois déhancher davantage que Robic dans le col du Labouret et jurer, en breton, plus fort que mon grand père,ce qui n'est pas peu dire croyez moi. Inoubliables, le froid très vif du petit matin, le soutien matériel et moral des «  deux Maëlle », assurant notre assistance, admirables de compétence, de patience et de dynamisme. Notre stupéfaction enfin, en apprenant l'abandon de Michel, si près du but. La fatigue est cruelle. Retour sur Briançon avec le dossier d'inscription dans la musette, après avoir commandé la quatrième médaille...
Juin et Juillet: continuer de s'entraîner, de s'endurcir, garder les acquis. Les épreuves un peu « hors norme » son au menu: Défi des fondus de l'Ubaye (meilleur temps sur les 5 cols: la forme est là.) Super BRA de Grenoble (1er arrivé à Vizille: de bon augure..). Dans un mois le grand départ: restons modeste, ce sera une autre partition...
Août en Bretagne: les racines, la famille, les compagnons cyclos d'Erquy, les effets positifs et naturels de la vie en altitude: les jambes sont légères et l'essouflement faible. C'est quand le départ?
Lundi 20 août. Arrivé sur place le matin, je décide de prendre mon temps. Ma sieste s'est sans doute un peu trop prolongée, car lorsque je pointe sur la ligne, il y a déjà 1000 cyclos devant. Je suis de la deuxième vague. Le départ est rapide et çà frotte: c'est incroyable. Les étrangers roulent en équipes, parfois ils forment des éventails...ils s'interpellent très (trop) bruyamment. Je m'amuse à entendre les lampes tomber et rouler sur le bitume...jusqu'à ce soit la mienne qui se décroche! Maryline m'avait conseillé de m'alourdir d'une frontale: intuition féminine? Il m'en faudra une nouvelle si je ne veux pas écoper d'une pénalité. Dès notre arrivée dans la Mayenne, il commence à pleuvoir. Il n'y a guère que dans le Finistère que les routes seront sèches. Vent de face, pluie continue plus ou moins forte, pointages, arrêts ravitaillements avec changement de cuissard au minimum (ce qui implique pour mes deux fidèles « assistantes » des séances de sauna forcé: les vêtements sont séchés avec le chauffage de la voiture, à bloc position 4...) Il faut en parler un peu de ces ravitaillements tant ils sont importants physiquement et moralement. Soupe, pâtes, riz, semoule, café, crêpes, coca cola : plutôt du salé pour éviter la saturation au sucré. Sur le vélo, je consomme des sandwiches variés et des fruits secs. Maryline vérifie que j'ai tout mangé: c'est toujours le cas, je dévore pour « alimenter en continu la chaudière ». Seule la boisson du  « camelbak » est diététique. La progression se fait en groupe le plus souvent (c'est une nécessité), seul un peu aussi hélas, entre Fougères et Tinténiac. Il faudrait s'organiser pour repartir ensemble après les contrôles. De ce grand trait vers l'ouest, je n'oublierai jamais le passage sur le pont Albert Louppe avec une lumière extraordinaire sur la rade. Je n'oublierai pas non plus le passage du Roc Trévezel: des supporters en masse avec drapeaux, cornes de brume (de circonstance car nous sommes dans les nuages...). On se croirait dans un col pyrénéen un jour de Tour de France! Je reconnais mon frère Arnaud et sa famille: émotion! Brest enfin, je fredonne du Miossec. Celà fait 24heures que je suis parti. Tout va étonnamment bien. Au bout du monde, le ciel est bleu!
Une pause de 1h30 avec un petit somme et c'est reparti! Seconde nuit redoutée pour le novice que je suis. J'entre en terre inconnue. Je me cale dans un groupe de cyclos chevronnés. Ils ont des éclairages très efficaces. J'en profite car je redoute les petites routes de Brest à Loudéac. Je décide de dormir à Carhaix: 2heures pas plus. Maëlle a pour mission de me sortir de la voiture à l'heure dite. Elle sera sans pitié. Qu'elle en soit remerciée. Avec la fatigue, on a tendance à s'arranger avec les résolutions, et il fait si froid dehors...Le retour est rythmé, comme à l'aller, par les contrôles et, fait nouveau, par le passage chez les secouristes: douleur de plus en plus vive au tendon d'Achille gauche, et genou droit récalcitrant en danseuse. Il faut se résoudre à baisser le rythme et à allonger les arrêts. Tant pis pour le temps que je m'étais fixé. Il faut finir désormais, coûte que coûte.
La traversée de la Mayenne, malgré le vent froid de nord, est remarquablement chaleureuse: les enfants sont sur le bord des routes et ont improvisé des buvettes avec des gâteaux visiblement confectionnés par eux mêmes. Je roule à ce moment avec un gars natif du département: c'est du délire sur son passage. Il a rendez-vous à Villaines la Juhel avec sa famille; Cette petite ville a mis les petits plats dans les grands: arche gonflable, speakers qui se relaient, musée du PBP, expositions, artisanat...et tout les villageois dehors ma parole! C'est stupéfiant de voir autant d'intérêt pour les simples cyclos que nous sommes. On aime encore le vélo ici! Maëlle me refait la guidoline qui donne des signes de fatigue. Quinze minutes d'arrêt.
Le rythme plus modeste qu'à l'aller m'oblige à une troisième nuit...et, paradoxalement, j'ai une forme étonnante. Je me souviens avoir souvent galvanisé le peloton auquel j'appartiens en leur disant: « mais c'est une chance d'être ici les gars! On peut faire moins de soixante heures, c'est génial! » Je ne suis pas certain qu'ils ont tout compris car il y a beaucoup d'étrangers...J'essaie d'organiser le groupe et de le conserver jusque l'arrivée: l'union fait la force. Entre Mortagne et Dreux nous ne sommes plus que trois à prendre les relais. Les autres sont usés et sans réaction. Je m'énerve un peu, impatient de voir les lumières de la ville, à l'horizon des « mornes plaines » de la Beauce. Le petit matin est assez éprouvant physiquement, sans doute « l'odeur de l'écurie » et le relâchement qui en découle logiquement. Depuis Dreux, les douleurs à la selle sont insupportables (en dépit des changements de cuissard, l'humidité a fait des ravages!) et je ne peux plus me mettre en danseuse à cause de mon genou...cruel dilemne. L'humidité est totale. Petite moyenne sur les derniers kilomètres, sauf peut-être sur les boulevards de Guyancourt où, avec des polonais, on fait des sprints pancartes d'un feu à l'autre. C'est l'euphorie ou l'inconscience due à la fatigue, on ne sait plus!
Maryline et Maëlle sont à l'arrivée, fatiguées et contentes d'en avoir fini, elles aussi. Elles ont fait leur PBP, dans une autre version, certes, mais elles l'ont fait avec moi et surtout pour moi.
Retour à la « vie civile ». Retour en Bretagne chez les beaux parents. Accueil si chaleureux, si convivial: toute la famille est là. Papi Antoine, pâtissier de formation a confectionné le gâteau de circonstance: une vraie merveille. Il n'a pas perdu la main! C'est lui qui m'a donné l'idée de tenter ce pari, il le sait et une grande complicité nous unit. Il m'a permis de découvrir cette épreuve difficile, d'une incroyable richesse, et de pouvoir la partager avec tous mes proches. Je la lui dédie.
De retour à Briançon, j'apprends l'accident de Jo. Nous devions être au même moment à Mortagne. J'aurais imaginé une arrivée ensemble...Hélas. Je lui souhaite de pouvoir resigner dans quatre ans et d'arriver au bout de son rêve. La légende du PBP a besoin de guerriers comme lui.
Dans le Briançonnais, je fais quelques sorties avec le maillot du PBP sur le dos. Je finis de vivre mon aventure mais ce beau maillot ne me donne pas de force: il va falloir récupérer et refaire des réserves pour l'hiver. Ce sera chose faite lors du repas organisé par Jean Jacques, à Gap un soir d'octobre. Tous les « Paribrestistes » du 05 sont là. On ne se connaît pas tous mais quelque chose nous réunit désormais. Pendant trois ou quatre jours, on a pratiqué le même exercice, celui de l'effort, inutile au fond, et tellement inutile d'ailleurs qu'il faut absolument le vivre... C'est quand qu'on repart?
PS: Aujourd'hui, 6 novembre, j'ai gravi la Pointe de Pécé, au dessus de Plampinet. Un sommet très peu fréquenté, très isolé. J'ai été stupéfait de trouver au sommet (après trois bonnes heures de marche) un vélo! Un vélo de cyclotourisme, des années 50, bleu, pédalier Stonglight, dérailleur Huret... encore en bon état, avec inscrit sur la selle: «  sépulture merci ». J'ai trouvé çà beau.
Thierry
Merci à Jean Lou Maillard et à Nathalie REY de l'Office de Tourisme de Briançon, pour leur soutien immédiat lorsque je leur ai exposé mon projet. Tous mes remerciements à l'équipe du magasin TWINNER pour leur soutien moral et matériel. Merci à tous mes proches.
Epilogue: Jeudi 15 décembre, le Cyclo Club des Cîmes me propose pour les Victoires du Sport 2007. Je me retrouve sur le podium avec de nombreux jeunes sportifs briançonnais. J'ai envie de leur dire de chevaucher leurs passions, tout au long de leur vie. De traverser celle-ci en sifflotant, pour passer les épreuves, pour ignorer la banalité et le conformisme, qui vous font vieux avant d'être jeune, parce qu'on a déserté son propre idéal.
« Réjouis toi, jeune homme, dans ta jeunesse »
L'Eclésiaste.
 
 
 
Le récit de Jean Jacques
 
Lundi 20 août 2007, 19h50 Saint Quentin en Yvelines, Guyancourt
 « On a beau être habitué, çà fait toujours quelque chose » me confie Michel Cordier.
Même si, comme Michel, on a bourlingué sur les routes on ne part pas pour un périple de plus de 1200 bornes la fleur au fusil.
Michel, ancien président de l’Audax de Tournai, est le premier belge à avoir accompli les 9 diagonales. A son cadre il a fixé une canne de marche qui l’aide à se déplacer lorsqu’il se déplace à pieds. Michel est en effet amputé d’une jambe, devant un tel exemple de volonté, l’on ne peut que relativiser les futurs moments difficiles que l’on peut être amené à connaître. 
Au milieu d’un groupe de plus de 600 cyclistes constituant la première vague de départ, nous papotons tout en guettant le signal qui nous libèrera du stress qui, peu à peu, s’empare de chacun.
Des nuages noirs encombrent le ciel menaçant à tout moment d’éclater, le vent nous fait parvenir, par bribes, des échos de discours des officiels.
Edith fait travailler le numérique pour immortaliser ces instants.
L’attente de 2 heures séparant l’entrée dans le tunnel d’accès au « Gymnase des droits de l’Homme » de Guyancourt du départ va s’achever. A vrai dire elle est bien plus longue, elle est de plusieurs mois, voire d’un an.
Le Paris Brest est un objectif qui demande une longue maturation tant mentale que physique.
La préparation exige, outre l’accomplissement des brevets qualificatifs de 200, 300,400 et 600 Km, un entraînement régulier et assidu. Pour ma part je comptabilise 9700 Km au compteur 2007.
Après un départ à 22h en 1995 et deux à 5h en 1999 et 2003, cette année j’expérimente le 20h qui s’accompagne d’un délai maximum de 80 heures.
Pour l’occasion, à ma randonneuse traditionnelle, j’ai substitué le SCOTT en alu équipé de deux petites sacoches, une de guidon à l’avant et une autre, de selle, à l’arrière.
Avantages recherchés : le poids, les changements de vitesse aux poignées de freins, inconvénients : le confort moindre, l’absence de gardes boue qui cette année se seraient avérés utiles.

Contenu des sacoches : imperméable, gants longs, jambières, manchettes, pommade pour le fessier, du gâteau sport et quelques tubes d’ Overstim, des sachets de poudre pour boisson énergétique, téléphone portable, lunettes de vue et de soleil, documents de pointage, 3 cartes Michelin couvrant l’ensemble du parcours, à l’exception de la partie finistérienne que je connais bien.

Pour l’éclairage je reste un adepte inconditionnel de la frontale, j’y adjoins, en secours, une lampe fixée au cintre, à l’arrière 2 diodes rouges font l’affaire.
Par ailleurs les roues sont dotées de pneus Michelin neufs « Pro race » de 23, il ne faut pas mégoter !
20h : un coup de canon libère les encagés du premier sas.
Des motards ouvrent la route et les feux rouges sont neutralisés, il n’y a plus qu’à pédaler.
Comme à l’habitude dans ces départs massifs, pour éviter la chute, je reste bien à droite et démarre prudemment.
La vitesse est de suite élevée, furtivement, à la lueur des lampadaires, je consulte le compteur, il affiche entre 30 et 40Km/h, ne voulant pas me carboniser, je me laisse distancer.
Peu à peu nous nous extrayons des zones urbanisées. Je reconnais les endroits et en particulier les coups de cul émaillant cette partie du parcours entre Montfort l’Amaury et Gambais.
En dépit du temps incertain et abandonnant, pour l’occasion, les « prime time » télévisuels des gens nous encouragent sur le bord de la route.
Dans un village un type, solitaire, assis sur une chaise -émule d’Yvette Horner ?- joue de l’accordéon. L’accordéon et le vélo, peut être en raison de leur essence populaire, vont bien ensemble.
En tout cas ça me donne le moral.
Au fil des kilomètres, un petit paquet d’une dizaine de vélos roulant à la même cadence, se forme. Les relais alternent correctement, c’est tout bon, malheureusement pour moi une envie de pisser se fait de plus en plus pressante.
A regret, n’y tenant plus, je dois laisser filer le groupe.
Dans les longues lignes droites beauceronnes je le devine au loin, j’essaie un moment de revenir mais cela me coûte trop d’énergie, il faut savoir se raisonner et en garder sous la semelle.
Tout à coup un gros peloton me tombe sur le râble. Je suis littéralement avalé, je m’accroche histoire de voir, et j’ai vu ! Dans les côtes çà secoue un max, certains ont alors du mal à suivre, sur le plat je dois mettre la plaque, infernal, je sens que je vais péter une durite.
Au bout d’une dizaine de bornes de ce régime je me laisse éjecter, sinon je ne verrai pas Brest.
Je roule de plus en plus isolé, ce qui au demeurant ne me dérange pas. Outre le fait que j’aime rouler à mon régime, j’ai bien le parcours en tête et le fléchage est là, sécurisant.
La sortie de Longny au Perche se singularise par un « raidar » que l’on doit quasiment attaquer au point mort en raison d’une soudaine bifurcation à angle droit.
J’apprendrai plus tard que plusieurs concurrents rateront la flèche et auront ainsi l’occasion de s’aventurer, encore un peu plus, dans le Perche profond.
Au sommet de la bosse je m’accorde une petite halte, histoire de « manger un bout » comme dirait Robert, qui à cette heure doit roupiller dans son hôtel en attendant le départ de 5 heures, et de faire le point. Tout baigne.
La chaussée devient de plus en plus humide, témoignant d’averses récentes. Il ne fait pas froid.
Dans les rudes montées percheronnes je relève sciemment le pied, un leitmotiv, rester souple, ne pas faire le mariolle, ne pas se calciner.
Il est 1h20 quand j’arrive à Mortagne au Perche. Déjà de nombreux camping cars et voitures accompagnatrices jalonnent les derniers hectomètres précédant le contrôle ravitaillement.
Pas de musique bretonne cette année, comme en 1995, pour nous mettre dans l’ambiance.
Je m’accorde 10 minutes d’arrêt pour humer l’atmosphère de l’endroit et refaire les niveaux.

Nanti d’une bonne heure d’avance sur mon plan de route je repars confiant.

Les dernières heures de la nuit me sont toujours plus difficiles, je m’évertue à m’alimenter et boire régulièrement, je cogite. C’est fou ce qu’on peut cogiter en roulant !
De temps à autre des vélos me doublent, je n’essaie pas de suivre.
Soudain un cigare ambulant, que je n’ai pas entendu venir, me dépasse.
Il s’agit d’un vélo couché caréné, il doit au moins rouler à 40Km/h dans ces longs vallonnements qui précèdent Mamers alors que je m’échine péniblement à 20/25. Impressionnant !
En certains endroits, des sensations vécues lors des éditions précédentes se rappellent à moi. Les mollets ont de la mémoire.
Mardi 21 août 5 heures du matin, je pointe à Villaines la Juhel et m’envoie un solide petit déjeuner. Une demi heure d’arrêt et je reprends la route.
Toujours peu de vélos, en haut de la belle côte du Ribay- km 240-premier rendez vous avec les photographes de la maison Maindru qui flashent aux premières lueurs de l’aube.
Alternant moments où l’on a l’impression de pédaler dans la choucroute et périodes de facilité j’avance correctement. C’est dans la tête que ça se passe docteur. Ainsi j’avale le tronçon Gorron –Fougères à l’allure TGV servant de locomotive à une poignée de gus qui se gardent bien de prendre un relais.
Nous traversons la Tanière où la table est dressée avec café et boissons offerts gracieusement.
9h30, voici Fougères où j’ai prévu de prendre mon déjeuner. Ma stratégie consiste à faire un bon repas à intervalles de 150 Km, c'est-à-dire tous les 2 contrôles, et ne pas glander aux contrôles intermédiaires, donc prochain repas à Loudéac.
10h10, la sortie de Fougères s’avère toujours compliquée. Cette année elle s’orne de surcroît d’un vrai mur à escalader. Au retour son pendant inverse sera tout aussi musclé.
Fougères-Tinténiac est une petite étape, moins de 60 Km. A mi parcours je reçois quelques ondées, modestes au début elles se feront de plus en plus fortes.
Dingé- km355- les photographes Maindru saisissent des cyclos désormais « goretexés ».
(Rien à voir avec un film gore)
12h30 Tinténiac. Le parking vélos a changé de place. Le pointage et l’accès aux prestations nécessitent désormais une petite marche à pieds.
Des rumeurs circulent annonçant déjà de nombreux abandons, ce que confirment des infos inscrites sur un tableau.
N’ayant pas très chaud, je m’envoie deux doubles cafés, il pleut désormais sans discontinuer. Ce n’est pas le moment de mollir et de s’apitoyer sur son sort.
Quitter l’abri est le plus difficile. Les documents bien au sec dans la sacoche, je m’élance à 12h50, cap sur Loudéac.
Dans Bécherel, commune célèbre pour son relais de télévision véritable phare dans la nuit, mais aussi pour ses librairies, la côte est toujours là.
Un participant, vélo semi VTT avec guidon plat doté de prolongateurs, me dépasse.
Il se retourne, dévie à gauche et manque de tomber pour rétablir sa trajectoire.
Un peu plus haut, rebelote, cette fois ci il accroche le trottoir et tombe lourdement.
Je m’arrête à sa hauteur, c’est un solide allemand d’une trentaine d’années qui ne parle pas un mot de français et comme de mon côté la langue de Goethe m’est étrangère on baragouine un mélange d’anglais.
Le type est furax, non pas pour son intégrité physique, mais pour son dérailleur qui fixé dans un des prolongateurs s’est tordu.
Je le laisse, il me doublera comme une bombe, avec un petit signe de connivence, 30 Km plus loin.
Km 391, au sommet de la bosse en sortie de Quédillac 3ème rencontre avec les représentants de la maison Maindru . Il pleut à seau.
J’observe une pause dans un abri bus à l’entrée Saint Méen le Grand, la patrie des frères Bobet, un musée consacré à Louison y a vu le jour en 1994.
Au sec dans mon abri, je me positionne durant quelques instants en observateur des cyclistes luttant contre les éléments. Y a pas à dire il faut en vouloir !
Le ciel restant chargé et ne laissant pas entrevoir d’amélioration, je repars.
A Ménéac je me faufile à travers les gens se pressant à l’entrée de l’église pour des obsèques. Je ne peux m’empêcher de songer à la singularité de la situation et d’avoir une pensée pour le défunt inconnu.
Plumieux, la Chèze, je commence à mollir sérieusement dans l’approche de Loudéac. Si sur le plat on peut donner le change, les bosses constituent le révélateur impitoyable de la condition du moment.
Loudéac, atteint à 17 h15, est le centre névralgique de l’épreuve où l’on se croise et se décroise.
Au réfectoire mon compagnon de table, qui en est sa première tentative, doute de ses chances de réussite. Un collègue essaie de lui remonter le moral.
L’estomac calé, il est 18h quand je pars à l’attaque des terribles côtes qui « agrémentent » les 20 prochains Km. La pluie s’atténue au point de s’arrêter totalement peu avant Corlay siège d’un contrôle secret.
Je profite de l’arrêt pour allumer le mobile. Un message, c’est Yves qui m’apprend son abandon à Loudéac. Un coup de fil à Loperhet, où je dois dormir, pour informer que je suis dans les temps prévus et un autre à mon cousin Patrick de Guipavas pour lui fixer rendez vous demain matin.
Un petit groupe s’est formé avec en particulier 2 cyclos de Grenoble qui feront étape à Carhaix.
A l’entrée de Plounévez- Quintin nous croisons un peloton d’une grosse vingtaine d’éléments, ce sont les cadors qui remontent sur Paris.
Le Finistère a bien fait les choses, les routes y sont sèches, çà roule ma poule.
22h10 j’arrive dans Carhaix. Conformément à ma stratégie j’y observe un bref arrêt. J’évolue maintenant sur des routes que je connais par cœur.
A l’attaque de la rampe de Poullaouen, tout va bien. Avant Huelgoat la route longe la rivière l’Argent, quelques rares cyclos me doublent, je suis soudainement incapable de les suivre. Je réalise alors que j’ai un passage à vide, plus de gaz et une envie de dormir de plus en plus obsédante. Je m’allonge sur un muret durant un gros quart d’heure et repars ; j’ai beau me secouer la paillasse je ne retrouve pas le coup de pédale.
L’ascension du Roc Trévézel s’avère laborieuse, vivement que je bascule vers Sizun.

Le carrefour du Queff amorce la boucle brestoise, encore quelques kilomètres et je vais me glisser dans un bon lit!

Patatras, je passe sur un caillou et éclate à l’arrière, pincement de la chambre.
Du coup je suis réveillé, 20 minutes pour réparer dans la nuit s’en suit une montée d’adrénaline.
Quasi en kamikaze j’entre dans ma commune natale, Loperhet. Il est 2h40. Yvette m’attend et me donne des nouvelles concernant mon frère Daniel parti avec les 22h.
Casse croûte, douche et dodo.
Mercredi 22 août, 6h00, je me réveille à la sonnerie du portable et enfile une tenue propre tirée du paquetage laissé en dépôt un mois avant. L’habit dit on ne fait pas le moine mais en ces circonstances il fait le cycliste. On se sent de suite un autre homme. Le petit déjeuner est déjà prêt. Jean, un copain, me fait la surprise de sa visite, puis voici ma fille Nolwenn en vacances chez sa grand-mère.
C’est fou ce que le temps passe vite, il ne faut pas se disperser et penser à tout. Je dis au revoir à tout le monde, ma mère me trouve toujours aussi déraisonnable, et à 7h20 je repars.
En principe il me faut ¾ d’heure pour rejoindre Brest, le contrôle fermant à 8h35 je me réserve une petite marge de sécurité.
Le pont Albert Louppe franchissant l’estuaire de l’Elorn est, depuis 1995, interdit aux engins motorisés. Le magnifique point de vue justifie la sortie des numériques.
Brest, la cité du Ponant, marque le point du retour. Le contrôle jouxte le stade Francis le Blé chargé du souvenir des terribles soirées de matchs de foot quand le Stade Brestois évoluait au plus haut niveau.
Arrêt de 10 minutes et je me dirige vers Guipavas. Comme convenu, Patrick m’y attend, appareil photo en main.
J’enregistre mon record de vitesse dans la plongée sur Landerneau, il fait soleil, le moral tutoie le zénith.
La boucle terminale, ouverte au Queff, s’y referme, étonnant non !
Maintenant je croise la cohorte ininterrompue des cyclos roulant vers Brest en cherchant à y reconnaître des collègues.
A Sizun, il règne une sympathique animation au pied de l’arc de Triomphe de l’enclos paroissial. Je me laisse tenter par la boulangerie et profite de cette pause pour me mettre en tenue d’été : cuissard et manches courtes.
Une légère brise vent pousse au cul, dans la montée vers le Roc. A moitié allongé dans les fougères du bas côté de la route, je reconnais la crinière blanche d’André Tignon, correspondant du Cycle, photographiant au ras du bitume.
Mais voici Robby de Gap qui descend en face. On s’arrête pour échanger les nouvelles.
Plus loin c’est Carole qui me dit bonjour. Dans la descente du Roc je croise le tandem des Battu de Grenoble et je retrouve mon frère, il semble bien. On se donne rendez vous à l’arrivée. Dans les montagnes russes précédant Carhaix les bonnes sensations perdurent.
A 12h15, me voici dans la capitale du Poher, au parking vélos une voix m’interpelle c’est celle de Yves. Après son abandon à Loudéac il voyage dans le camping car d’assistance de cyclos vannetais.
 
 
Au self rapide nous avalons un sandwich arrosé de coca colaAvant de repartir il me prête une chambre à air, ainsi j’en ai à nouveau deux en réserve.
14h00 : la route reprend ses droits. Je roule la plupart du temps seul. Avant Saint Martin des Prés je ne résiste pas l’invitation de 2 enfants, frère et sœur, qui offrent des crêpes dentelles pur beurre. On ne se refait pas.
L’approche de Loudéac par Merléac, Grâce Uzel, Trévé que je redoutais pour sa rugosité se passe correctement.
Le car d’assistance espagnol, aperçu à l’aller, stationne toujours à l’entrée de la ville.
Le casse croûte et les formalités de pointage me prennent ¾ d’heure, à 18h je remonte sur la machine.
Dans les lignes droites avant Ménéac je reste scotché par un peloton d’italiens, reconnaissables à leurs maillots et à leur volubilité, chassant derrière un japonais survolté. Saké soirée !
A la sortie du bourg je reconnais Michel, le belge de Tournai, arrêté à une table de ravitaillement.
Illifaut abrite un contrôle secret pour les novices, mais connu de tous les anciens participants
Au moment de repartir voici qu’arrive Michel. Je prends de ses nouvelles, il souffre au niveau de son moignon et doit s’appuyer sur sa canne pour gagner la table de marque, néanmoins il conserve le moral. Il accomplira le parcours en 80h.
Le mauvais temps me surprend vers Bécherel ce qui m’incite à souquer ferme pour, au plus vite, rejoindre Tinténiac distant d’une dizaine de km.
Je pointe à 22h10.
Au réfectoire je retrouve Yves avec qui je partage le repas. Je me cale bien l’estomac pour affronter la nuit, mon plan consiste en effet à remonter sur Paris d’une traite.
J’enfile l’équipement ad’ hoc, jambières gants longs etc. et à 23h10 repars direction Fougères.
A peine le temps de quitter les lieux que les vannes célestes s’ouvrent en grand.
Au fil des kilomètres je perçois cette désagréable sensation de l’eau qui s’infiltre dans les chaussures, le cuissard, les gants.
J’entre dans Fougères, trempé jusqu’aux os. A la lueur d’un lampadaire je me mets minable pour éliminer un frottement suspect que je finis par localiser au niveau de la roue avant.
Dans la salle de contrôle, peu de monde, quelques cyclos dorment à table, la tête enfouie dans les bras.
Les 2 bénévoles du bar comparent les avantages et inconvénients du camping car.
Jeudi 23 août, 2h20, après un double café, je me dois de faire violence pour quitter la tiédeur de l’endroit.
Dehors çà ne s’arrange pas, je traverse la ville en suivant, à distance, le feu rouge d’un vélo.
Alors qu’avant Fougères et en dépit du temps, j’avais la frite, je sens que ma pédalée manque de ressort.
Un arrêt de 10 minutes n’y faisant rien je me décide à faire une halte prolongée à la Tannière.
Une lampe éclaire l’entrée d’une grange dotée d’un écriteau indiquant qu’il s’agit là d’un dortoir pour les cyclos du Paris Brest.
Je tire le verrou, personne à l’intérieur, des matelas avec couvertures sont disposés sur de la paille, une table avec boissons et un livre d’or complète le mobilier.
Sans avoir trouvé le sommeil durant l’heure que je m’étais octroyée je repars, non sans avoir mis un mot de remerciement sur le livre.
Rien à faire, je ne retrouve pas la cadence, les quelques minutes d’arrêt sur la place centrale d’ Ambrières les Vallées n’y changent rien.
J’ai envie de café et de croissants.
Quelques cyclos noctambules errent ici et là, un corps est affalé dans le sas d’une banque.
A Charchigné, une quinzaine de bornes avant Villaines, je me réfugie sous un genre de préau, assis à même le ciment, le dos calé au mur, je somnole.
Les bruits de vélos passant à côté me tirent de mon demi sommeil, il fait maintenant jour.
Quelques sensations fugaces m’indiquent que le tonus revient, je passe mieux les côtes. La pluie, toujours présente, redouble à l’entrée dans Villaines que j’atteins à 8h20.
Il m’aura fallu 6 heures pour accomplir 88 bornes.
Enfin voici le petit déjeuner auquel j’aspirais tant.
Le temps semble se dégager quand, à 9h, je quitte le point de contrôle, sans conteste le plus animé et le plus convivial de l’épreuve.
La localité s’est véritablement mise en quatre pour accueillir les cyclos.
Averton, les éclaircies semblent avoir gagné la partie, j’en profite pour me dégager de la gangue humide de mes vêtements et mettre mon épiderme à l’air comme dirait Vélocio.
Après Fresnay sur Sarthe je me joins momentanément à un trio de belges, fort diserts, pour négocier les grands vallonnements caractéristiques qui mènent à Mamers.
A la sortie de la ville, un feu passe à l’orange. En queue de peloton, je m’arrête et voit les autres continuer tout droit.
En repartant je constate que le fléchage indique la route à gauche, en groupe de telles erreurs de navigation ne sont pas rares. Derrière on fait aveuglément confiance à ceux de devant. Des débours de 30 km et plus, surtout la nuit, ont ainsi été notés.
Il est 13h10 quand j’en finis avec la rude montée débouchant sur le contrôle de Mortagne. Mortagne se glorifie du titre de capitale mondiale du boudin, fleuron de la gastronomie percheronne
Délaissant le jambon braisé, une autre spécialité charcutière, je m’octroie des pâtes sauce bolognaise que je pense plus appropriées. A table je n’ai plus très faim mais je m’oblige néanmoins à terminer mon assiette, il faut prévenir la panne d’énergie.
Avant de repartir je passe par l’antenne du vélociste afin de lubrifier la chaîne du vélo que la flotte a délavée.
La remise en route se fait prudemment, à allure moyenne, sur la Michelin j’avais dénombré cinq côtes avec chevrons sur les 18 Km séparant Mortagne de Longny.
La Ferté Vidame est une petite ville historique avec de magnifiques ruines d’un château où habita le duc de Saint Simon aux célèbres Mémoires.
Sa traversée ne m’aiguillonne pas particulièrement car quelques kilomètres plus loin une envie de sieste, résultat d’une vacuité mentale persistante, me prend.
Je guette un coin propice pour m’allonger mais les banquettes herbeuses en bord de route restent désespérément humides et peu hospitalières.
Finalement je m’arrête sous de grands arbres, à la sortie de Brézolles, pour me détendre et grignoter quelques provisions de bord.
J’en profite pour regarder passer les vélos. Je repère ainsi deux maillots du club de Bourges, l’un est porté par Dominique Lacroix dont les parents font également l’épreuve.
Les nuages qui peu à peu envahissaient le ciel finissent par s’exprimer. Inutile de rester là plus longtemps.
Les longues lignes droites monotones menant à Dreux s’avèrent rugueuses et chargées en trafic.
La pluie qui à présent tombe dru a le mérite de me réveiller totalement et de raffermir ma cadence.
Arrêtés sur le bas côté les deux berruyers, aperçus il y a peu, s’affairent pour réparer une crevaison.
Le gymnase de Dreux accueille les participants en musique. Il y fait d’autant plus bon, que dehors la pluie ne faiblit pas.
Plus on s’attarde plus c’est difficile pour repartir, aussi je ne traîne pas trop, dès les formalités de pointage accomplies et les niveaux refaits dans les bidons je m’élance.
Il est 18 heures quand j’attaque la butte où se situe la ville haute.
Sorti des embarras urbains, je me retrouve sur des petites routes zébrant une campagne manquant pour le moins de pittoresque.
La pluie torrentielle a saturé les fossés qui débordent sur la chaussée maculée de boue.
Dans une forme qu’il me semble ne pas avoir connu depuis le départ, en pleine euphorie, j’écrase les pédales.
Je ne rencontre plus que quelques rares cyclos, de Dreux à Saint Quentin je n’en verrai pas une dizaine.
Maintenant il me faut surtout bien repérer les flèches dans les patelins et éviter les erreurs de parcours. J’ai encore en mémoire celle de 1995, survenue en pleine nuit, dans la région.
Condé sur Vesgre marque les retrouvailles avec le trafic. Les voitures dégagent de véritables geysers sur leur passage.
Fort heureusement après Gambais on quitte cet axe pour une route plus calme s’engageant dans la forêt de Rambouillet.
Je mets tout à gauche pour m’arracher de la côte de Gambaiseuil et me propulser sur le plateau de Montfort l’Amaury.
J’égrène les localités comme les grains d’un chapelet.
Au sprint je négocie la côte d’Elancourt pour débouler dans Trappes.
Je termine en vouant aux pires gémonies, les nombreux feux rouges, qui dans les ultimes kilomètres, me casent la cadence.
 
Peu de monde dans le gymnase, 21h17 est l’heure indiquée sur ma carte de route.
Je reçois les félicitations d’Alain Schauber, éminent diagonaliste qui a effectué le parcours en moins de 49H, et de son épouse.
Peu après je retrouve Edith, qui, au regard de mon temps de passage à Dreux, ne m’attendait pas si tôt.
A la satisfaction d’avoir réussi se mêle déjà une petite pointe de nostalgie à penser que l’aventure vient de s’achever.
Quelques réflexions
Après 4 PBP il me sera toujours aussi difficile de conseiller un futur participant sur la stratégie à adopter.
C’est à mon sens une épreuve à affronter seul ou avec un équipier avec lequel on a l’habitude de rouler.
A plusieurs les problèmes s’additionnent.

Avoir confiance en soi, être doté d’un moral en béton, savoir négocier les passages à vide- ceux-ci sont rarement définitifs- sont les meilleurs garants de la réussite.

Après avoir testé les différents départs, 20h, 22h, 5h je pencherai pour le 20h.
La contrainte majeure de départ est le délai accordé, limité à 80h, ce qui suppose de faire attention à ne pas gaspiller de temps.
Dans ce but disposer d’un plan de route apparaît utile on a ainsi, en permanence, la situation sous contrôle.
L’avantage principal réside dans des contrôles peu chargés.
A titre personnel l’édition 2007 reste, avec 1999 réalisée avec Daniel Bonnay, celle que j’ai la mieux maîtrisée.
Le mauvais temps m’a « plombé » durant la nuit sur le secteur Tinténiac - Vilaines, par contre il m’a évité les irritations du fessier et surtout l’échauffement des pieds qui par le passé m’avait valu de souffrir mille maux.
Jean Jacques
 
 
 
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