Flèches Véloccio 2011
Récit d'Alain (ici)
Récit de Jean Jacques (ici)






La Route des Grandes Alpes
23-28 juin 2010
Récit d'Alain

 

Celui qui n’a jamais traversé Monaco à vélo ne peut pas connaitre le grand frisson extrême. Nous l’avons fait ! Mais tout avait commencé une semaine auparavant…Cela faisait des mois que nous y pensions, nous en rêvions, que nous nous préparions et nous y étions enfin. Nous allions traverser les Alpes du nord au sud par la Route des Grandes Alpes. Cette route fut inaugurée en 1937. 750 kilomètres, 14 cols et 17000 mètres de dénivelé !

 

 

 

Etape 1. Thonon les Bains-Saint Nicolas la Chapelle. 120 km - 2900 dénivelé.

 

 


Après une soirée pasta et une bonne nuit chez Gilles, Katy et leur fils Lucas, nous décollons de Versonnex à 7 heures direction Thonon.  Daniel notre » accompagnateur » prend la route avec Benjamin dans la magnifique Audi quattro. Gilles, Philippe et moi sommes conduit par Katy qui a gentiment proposé de nous mener jusqu’à Thonon. Lucas nous accompagne, et le Modus est bien plein.

Thonon, le lac, les vélos déchargés en un tour de main et, après la photo face au lac, nous voilà en route. 

Nous trouvons facilement notre chemin dans Thonon, direction les Gets. Les premiers kilomètres sont un peu irréels, le projet, le rêve se concrétise…Le soleil nous accompagne, la météo, catastrophique la semaine précédente, se présente plutôt mieux pour les quelques jours à venir. Notre passage aux Gets est l’occasion d’un arrêt en terrasse pour se désaltérer. La première grosse difficulté de la journée se pointe au kilomètre 57. C’est là que débute le col de la Colombière (1613 m ) et son final difficile . Le scénario se répètera tout au long de notre périple. Philippe est le premier au sommet, suivi de Benj et Gilles. Le « vieux » comme ils me surnomment gentiment ferme la marche avec plus ou moins de retard.

 

       

 

Nous plongeons sur le Grand Bornand puis la Clusaz ou un arrêt est programmé à la pâtisserie pour déguster une de ces tartes noix-miel dont Philippe nous parle depuis le départ. En fait de tarte aux noix nous avalons une barre énergétique, la pâtisserie étant fermée. Dès la Clusaz nous attaquons la montée des Aravis (1486 m).

Pas de grosse difficulté, et nous basculons rapidement sur Saint Nicolas la Chapelle, fin de notre première journée. L’Auberge Gîte « La source »est notre hébergement pour ce soir. Cadre magnifique, accueil chaleureux. Après un copieux souper composé de diots et polanta, nous dormons tous dans une vaste chambre ou pour notre première nuit nous entendons les ronflements de Daniel.

 

 

 

Etape 2. Saint Nicolas la Chapelle – Séez. 85 km – 2350 m dénivelé.

Réveil matinal pour tous. Les jambes sont raides, sans plus, et le copieux petit déjeuner avalé, nos sacs rangés et mis dans la « quattro » nous partons en direction du col des Saisies (1633 m ) qui est avalé sans problème. Le prochain, le Cormet de Roseland (1968 m ) débute à Beaufort. Stupéfaction, le col est fermé. Un itinéraire de remplacement par le col du Pré permet de rejoindre la route au niveau du lac de Roseland. Le col du Pré restera un souvenir douloureux. Une route magnifique, interdite au camping car, ce qui plait à Benj, mais avec des pourcentages que nous ne retrouverons jamais par la suite. Bref, une «  bavante ». Au sommet, tables et bancs en bois.  Nous nous y installons pour avaler pain, jambon et bananes achetés en chemin par Daniel. Une rapide plongée nous amène à rouler le long du lac. Le paysage est grandiose. Nous atteignons sans difficulté le sommet du Cormet de Roseland ou nous basculons sur Séez. Grand moment d’étonnement pour « Daanièlll… » quand dans une épingle, Benj lui fait l’intérieur ! Doubler sa propre caisse en vélo…Séez, Hotel du Malgovert. C’est un hôtel à l’ancienne. La patronne est certainement également d’époque. Daniel, Gilles et Benj partage une chambre. Philippe et moi avons une chambre double…privilège de l’âge ! L’hôtel ne faisant pas restaurant, c’est à Bourg Saint Maurice tout proche que nous dévorons le « Trio de pates ». De retour à l’hôtel nous ne nous faisons pas prier pour allonger nos carcasses. De mon lit, un minuscule téléviseur permet de voir les « fouteux » de la coupe du monde. Aucun intérêt !

 

 

 


Etape 3. Séez – Bramans. 85 km – 2100 m dénivelé.

Petit déjeuner à 7 heures car malgré un kilométrage modeste nous préférons partir tôt pour vaincre le col le plus haut d’europe (2770 m ) et aussi le plus long puisque la montée totalise 39 kilomètres. Chaque matin voit son rituel se dérouler de façon de plus en plus machinale. Debout assez tôt, toilette, massages pour certains, petit déjeuner copieux, rangement des sacs. L’Audi rapidement chargée, nous enfourchons nos vélos, itinéraire dans la poche ou dans la tête. Daniel qui est devenu notre « coach… » nous suit de près, nous double et nous attend pour faire quelques photos. Dès la sortie de Séez la pente commence. Elle est relativement modeste sur la première moitié avec une portion quasiment plate en traversant Val d’Isère. La deuxième partie de l’ascension comprend des passages « raides », mais la grande difficulté réside dans la longueur, 39 bornes de côte c’est long ! Au sommet la température est supérieure à 20 degrés, ce qui est tout à fait exceptionnel, surtout au mois de juin. Nos efforts sont récompensés par une descente de plus de cinquante kilomètres jusqu’à notre gite d’étape. Un arrêt à Bonneval sur Arc pour nous restaurer et nous faisons connaissance avec les « écolos » du Relais de Diligence à Bramans. Gigantesque dortoir à deux niveaux, salle à manger en bois et pierres, l’endroit est parfaitement rénové. Malheureusement l’utilisation en abondance de bois rend très sonore l’édifice. Le repas du soir est « bio » mais copieux. Le patron de l’endroit distrait les quelques convives en expliquant la théorie de l’alimentation en fonction des groupes sanguins. Notre «  Doc » n’a pas résisté longtemps, un peu agacé par les théories avancées. La prochaine fois notre logeur sera plus prudent ! Le repas avalé, nous décidons de nous coucher car une difficile journée nous attend demain. Il nous faut partir tôt.

 

 

 

Etape 4 Bramans – Guillestre. 151 km – 3400 m dénivelé.

Malgré nos efforts pour être discrets, nous réveillons certainement  les quelques dormeurs de l’endroit, ce que le patron nous  fait remarquer. Café, tartines, yaourts, brioche…le tout avalé goulument nous sommes prêts. Comme chaque matin les sacs sont disposés dans la voiture par Daniel qui au fil des jours assure de mieux en mieux son rôle. Nous avons l’accompagnateur parfait ! Le menu vélo du jour est copieux : Télégraphe, Galibier et Izoard pour finir. La nationale qui nous conduit à Saint Michel de Maurienne descend durant 25 bornes, aussi nous avons enfilés une couche supplémentaire de vêtements. Moins d’une heure pour être au pied du Télégraphe (1566 m) que nous gravissons sans difficulté. Rapide plongée sur Valloire et nous attaquons le Galibier (2642 m). Ce col est long et difficile.  Nous sommes samedi, la circulation  est assez dense, en particulier il y a énormément de motos et de quads dont le bruit en passant sous les nombreux tunnels est assez effrayant. Les derniers lacets sont bordés de congères. La température, largement au dessus de 20 degrés, nous permet une pause de quelques minutes au sommet. Il est midi et nous décidons de descendre manger plus bas, plus au calme. Quelques minutes plus tard nous arrivons au col du Lautaret ou nous pique-niquons rapidement. Au cours de cette journée il était convenu que Patrice nous rejoigne pour la fin de parcours. Nous sommes au Lautaret, Patrice à Briançon. Je conviens donc avec lui par téléphone que nous nous retrouverons dans l’Izoard. Les sandwichs avalés, nous rallions Briançon en moins d’une heure. La ville traversée, nous sommes au pied du col. La chaleur est pesante et les premiers kilomètres se font pénibles. Le Galibier a laissé des traces. Arrêt à Cervières pour ravitailler en eau. Nous en profitons pour nous rafraichir largement. La montée côté nord de l’Izoard est réputée moins difficile qu’au sud, ce qui est vrai, mais elle nous donne tout de même du fil à retordre ! Patrice que nous retrouvons au sommet, a fait connaissance de Daniel durant la montée, ce dernier étant embusqué pour nous immortaliser dans l’effort. Bref arrêt pour la traditionnelle photo sous le panneau du col et nous repartons en direction de

Guillestre, terme de notre étape du jour. Dans la traversée du village de Brunissard, la route, très en pente à cet endroit, permet d’atteindre des vitesses élevées. Pour ma part, et je ne suis pas le plus rapide, mon compteur a mémorisé une vitesse maxi de 72 km/h ! Je ferme la marche derrière Patrice, Gilles et Philippe au moment de notre passage devant les jumelles de la gendarmerie ! Le sort a voulu ce jour là que Benj soit exceptionnellement derrière, et c’est donc lui qui a essuyé les remontrances de la maréchaussée, remontrances gratuites, ce qui n’est pas le cas pour Daniel. Un peu plus de 80 km/h lui ont valu 2 points et 90 euros ! Tout est oublié arrivé à notre hôtel, Le Catinat fleuri, quand nous nous jetons dans les bouillons de la piscine thalasso ! Nous sommes comme des gosses ! 19 heures 30 pétantes nous sommes à table, affamés malgré les viennoiseries engouffrées deux heures plus tôt. Les spaghettis bolognaise avalés, nous regagnons nos chambres. Je partage la mienne avec Patrice. Il me racontera le lendemain matin l’orage et les fortes pluies tombées. Rien entendu !

 

Etape 5. Guillestre – Beuil. 140 km – 3250 m dénivelé.

La pente est immédiate ! A peine quitté l’hôtel, l’ascension du col de Vars (2108 m) commence. Vingt kilomètres aux pentes irrégulières rendent ce col assez difficile. Il faut dire aussi que nous sommes au cinquième jour consécutif de vélo, ce qui est assez exceptionnel pour nous, et  la fatigue commence à se faire sentir. Pour ma part, mon cardio m’indique une très nette baisse de régime. Rituel photographique devant le panneau indiquant le sommet, et nous roulons en direction de Barcelonnette. A Jausiers, nous voyons le panneau qui indique la route de la Bonnette, plus haute route d’Europe. Nous filons tout droit, ce sera pour une autre fois. 11 heures 30, nous sommes à Barcelonnette au pied du redoutable col de la Cayolle (2327 m). Nous décidons de nous restaurer avant l’ascension. Patrice nous a accompagné en voiture jusque là, d’où il rejoindra facilement Gap. Nous avalons nos sandwichs jambon cru fromage de chèvre rapidement et c’est en pleine digestion que nous faisons les premiers kilomètres de cette route, qui en compte 31, vers le sommet de la Cayolle. C’est peut être le plus beau des cols de la route des Grandes Alpes. Végétation sauvage, torrents, fleurs, marmottes, la montagne dans toute sa splendeur. Le final est magnifique, le sommet découvert dans les derniers hectomètres. La longue descente qui nous mène à Beuil est agrémentée d’un « coup de cul » magistral de 700 mètres de dénivelé ! Nous faisons les 25 derniers kilomètres sous une pluie d’orage. Une viennoiserie avalée à Valberg nous redonne un peu d’énergie, un peu de moral…trempé jusqu’aux os, grelottant, nous arrivons enfin à Beuil, Hôtel le Relais de Bellevue. Sur la porte vitrée, une affichette : »hôtel fermé »…lassitude. Nous téléphonons au numéro figurant sur l’affichette. Les choses s’arrangent. La réservation faite depuis le mois de mars n’a pas été prise en compte, mais nous allons pouvoir tout de même manger et dormir là. Ouf ! Tout se passe pour le mieux. Visiblement le repas du soir est improvisé, et nous mangeons de nouveau des spaghettis bolognaises. La chambre ou nous sommes installés Philippe et moi sert de salle de massages. Pot de crème verte, pot de crème blanche, crème pour le pif de Philippe qui est couleur terracotta, crème pour le cul de Benj…ça sent l’essence de térébenthine. Nos fringues sont trempées et nous faisons sécher nos chaussures dans la salle de bains, radiateur soufflant à fond. Ce soir, pas de corvée de lessive, demain est notre dernier jour. Je jette pèle mêle mes frusques odorantes au fond d’un sac poubelle. La lessive se fera à la maison.

 

 

 

Etape 6. Beuil – Villefranche sur Mer. 157 km – 3060 m dénivelé.

Dernière étape de notre périple. Les journées passent vite et malgré le plaisir que nous prenons  nous sommes heureux de terminer. Le petit déjeuner imposé à 8 heures nous contraint à partir plus tard qu’à l’habitude pour ce qui va être notre plus longue étape. Les cols à escalader son moins prestigieux que les grands cols Alpins, mais les pentes sont aussi redoutables. A peine quitté Beuil nous entamons le col de la Couillole (1678 m). Photo et nous descendons sur Saint Sauveur de Tinée ou l’ascension du col Saint Martin (1500 m) débute. Il fait chaud, orageux comme parait il chaque jour depuis un mois. La descente nous amène à Saint Martin de Vésubie, au pied du célèbre Turini (1604 m). Il est midi, nous avalons à une terrasse ombragée un pain bagna arrosé d’un double coca. Ce cocktail engendre sur les premiers lacets de nombreuses et sonores  éructations. Les 1200 mètres de dénivelé sont avalés pour ma part assez péniblement. Philippe et Gilles sont en pleine forme. Benj souffre légèrement du fessier. Le Turini n’a pas usurpé sa réputation, c’est un col difficile ! Notre rituel photographique fait, Benj et Philippe dévalent ventre à terre les 20 bornes qui nous séparent de Sospel. Je suis un peu las, et je fais une descente prudente, suivi de Gilles qui, modeste ne me dépasse pas. A Sospel nous grimpons la dernière difficulté de la journée, en fait la dernière véritable difficulté de notre périple, le col du Castillon (706 m).

En haut est prise la photo à la fois souvenir et sorte de preuve de notre passage. Maintenant ça descend jusqu’au niveau de la mer ! Arrivée dans Menton, transition brutale d’un univers fait de calme dans une ville agitée par une circulation intense. Gilles connait l’endroit et nous fait échapper de Menton assez aisément. Daniel est chargé de mission, il doit trouver notre location de ce soir. Nous comptons sur lui.

Les 28 kilomètres qui nous séparent de Villefranche sur Mer ne présentent pas de difficultés particulières si ce n’est une intense circulation. Nous arrivons à Monaco et là nous sentons bien que nous ne sommes pas à notre place. Ici rouler à vélo n’est pas prévu. Nous cherchons notre chemin en évitant soigneusement de nous retrouver sous un tunnel. A plusieurs reprises les explications de la police locale nous permettent de ne pas nous égarer. Enfin nous retrouvons des panneaux indiquant Nice par la RN. Ouf ! Nous roulons rapidement. Benj, agacé,  rattrape un cyclo en VTT roulant torse nu qui nous avait doublés sans un regard. Nous franchissons le panneau Villefranche sur Mer et après quelques hésitations, nous escaladons la dernière rampe qui nous conduit Allée des Marguerites. Daniel est là, arrivé sans difficulté grâce au GPS. Nos sacs sont devant les chambres. Décidément il est parfait ce Daniel. Il est 18 heures 30.

Pour notre dernière soirée nous ne lésinons pas sur le repas. Resto Italien dans le vieux Nice. Entrée copieuse plat de résistance et gros dessert, le tout arrosé de vin rosé. Retour à la location, la quattro est chargée, prête pour un départ matinal. Nous faisons le compte de nos dépenses. Tout est réglé en un clin d’œil. Nous sommes fourbus et nous comptons sur une bonne nuit pour retrouver la forme demain, car il faut rentrer.

 

 

     

 

A l’aube du septième jour.

Réveil aux aurores pour un départ de Benj, Philippe et Gilles à 6 heures direction Versonnex ou Le Doc sautera dans son Modus pour rallier les Yvelines. Nous descendons à pieds, Daniel et moi,  déjeuner dans un bar face à la mer. J’attends mon pote Jean Pierre qui me conduira jusqu’à la gare routière de Nice pour un retour en car jusqu’à Gap. Daniel sera récupéré par son épouse un peu plus tard. Une semaine de repos l’attend sur la côte. La Route des Grandes Alpes même en caisse, c’est fatiguant !

Cette semaine fut extraordinaire. Un temps magnifique avec une bonne averse un soir juste pour nous rappeler que la pluie, c’est galère. Au-delà de la « performance sportive» je crois que nous avons chacun à notre façon ressenti un plaisir immense au passage de chaque col. La beauté des paysages fait oublier les difficultés. Malgré nos différences, notre entente fut parfaite, le plaisir du vélo comme dénominateur commun. Notre « coach » Daniel fut une « mère » pour nous. Il va falloir se creuser la tête pour que nos aventures de l’année prochaine soient aussi extraordinaires…

 

 

Allez…




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